Une population mobile et en croissance

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Le phénomène de mobilité des Autochtones vers les villes est en croissance constante depuis plusieurs années au Québec comme au Canada. Selon le recensement 2016, plus de 55 % des Premières Nations vivent dans les villes du Québec.

Selon les données du recensement 2016, plus de 55 % des Premières Nations vivent dans les villes du Québec.

Une cinquantaine de villes ou villages au Québec sont habités ou fréquentés de manière significative par les Autochtones. Selon le recensement 2016, la région métropolitaine de Montréal (RMR) compte plus de 34 000 Autochtones – dont 975 Inuit -, et la ville de Québec (RMR) en compte plus de 11 500. La présence autochtone est également significative dans plusieurs autres villes comme Chibougamau, Joliette, La Tuque, Maniwaki, Roberval, Saguenay, Senneterre, Sept-Îles, Sherbrooke, Trois-Rivières et Val-d’Or.

La population autochtone est mobile. Les principales raisons évoquées pour se déplacer vers les villes sont les études (35,4 %), le travail (24,6 %) et le logement (11,1 %), alors que celles pour revenir dans la communauté sont surtout d’ordre familial et culturel (CSSSPNQL, 2008).

 

Le concept de « zone d’influence territoriale » développé par le Réseau de recherche et de connaissances relatives aux peuples autochtones (Réseau DIALOG) aide à comprendre ces dynamiques de mobilité. Une zone d’influence territoriale se mesure à la fois sous l’angle socioéconomique et sous l’angle des services offerts à la population autochtone et prend en considération toutes les formes de relation entre les Autochtones et la ville. La cartographie des zones d’influence territoriales des Centres d’amitié autochtones du Québec révèle que l’existence d’un Centre d’amitié autochtone transforme les dynamiques et les logiques de mobilité des individus et des familles autochtones. Les Centres d’amitié autochtones agissent comme des pôles de convergence pour les Autochtones, qu’ils résident de manière permanente ou temporaire en milieu urbain ou qu’ils soient uniquement de passage dans la ville. Conséquemment, la population autochtone qu’un Centre d’amitié autochtone dessert dépasse grandement le nombre d’Autochtones recensés par Statistique Canada dans la ville où est situé le Centre d’amitié autochtone (Lévesque et al., 2012).

 

 

 

Nous savons que la présence des Autochtones dans les villes n’est pas uniquement statique, mais qu’elle est aussi, dans les différentes villes et communautés, très en mouvement. Il est d’ailleurs possible de distinguer quatre types de trajectoires personnelles caractérisant la présence autochtone dans les villes :

  • les déplacements occasionnels ou transitoires, que pratiquent la très grande majorité des Autochtones pour des raisons médicales, pour le travail, pour poursuivre leur éducation et suivre des formations, pour faire des achats, pour transiger avec les services publics, etc.
  • les déplacements contraints, qui sont associés aux conditions difficiles d’existence qui peuvent être vécues dans les communautés telles que la violence conjugale, le manque de services adéquats, la perte d’autonomie, le surpeuplement des logements, le chômage, la toxicomanie, etc.
  • les déplacements involontaires, qui résultent de décisions légales, comme les placements d’enfants en famille d’accueil, les individus relâchés d’un milieu carcéral hors communauté, les femmes ayant perdu leur statut avant 1985, etc.
  • les déplacements volontaires temporaires ou définitifs, qui relèvent d’un choix délibéré pour une union, le désir de poursuivre des études post-secondaires, l’accès à un plus vaste marché du travail et tout autre avantage « différencié » par rapport à la vie dans la communauté. (RCAAQ, 2015)

 

Cette mouvance a un très grand impact sur la nécessité, la qualité et la quantité de services offerts dans les villes. En effet, en plus d’offrir des services aux Autochtones vivant de manière permanente en milieu urbain, les organisations doivent aussi élargir leur prestation de services à ceux qui y sont de passage à court, moyen et long terme et s’assurer d’établir des liens avec les fournisseurs de services sur communauté, établissant ainsi un continuum de services efficace pour les Autochtones en mouvement.

 

 

À ce phénomène de mobilité vers les villes s’ajoute la réalité croissante d’une population d’Autochtones nés et ayant grandi dans la ville, mais qui n’en garde pas moins un intérêt pour la culture et une fierté envers l’identité autochtone (Lévesque et al, 2012).

D’autre part, une augmentation importante de la population autochtone a été constatée à la suite du jugement McIvor, rendu en 2008, par la Cour Suprême du Canada et qui reconnaît le statut d’Indien à une génération qui n’y avait autrefois pas accès. Ceci explique que la croissance de la population autochtone dans les villes n’est pas liée uniquement à un « exode » des communautés, mais plutôt au nombre d’Autochtones qui vivaient déjà dans les villes et qui ont récemment acquis un statut d’Indien.

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